CHAPITRE 2
Le Louvre / mars 2012

Avant que je ne retourne en Ardèche, j’avais cherché quelques informations supplémentaires sur cette épée dite Joyeuse. Celle-ci, après avoir séjourné pendant plusieurs siècle dans la Basilique Saint-Denis parmi les instruments du sacre, les regalia, se trouvait maintenant au premier étage de l’aile Richelieu du musée du Louvre, et que je pouvais donc aller la voir, moyennant un dédale de couloir. Ce qui me semblait bien peu d’effort à fournir, couloir du métro compris, au regard des siècles que l’épée avait traversé et des méandres de son parcours pour arriver à ce point précis, au centre de Paris, où je pourrais me trouver, en 2012, face à elle.

Au centre de la salle n°2 consacrée aux objets d’art du Haut Moyen Age, axée dans l’enfilade des salles de l’aile Richelieu, l’épée placée en diagonale se trouvait comme suspendue dans une vitrine de verre. Le cartel précisait la mention suivante : Epée du sacre dite “de Charlemagne” ou “Joyeuse”, or et acier. La lame fine et blanche pointait vers le bas, le pommeau en or présentait un dessin étrange dont le dragon semblait double suivant le regard qu’on lui portait. Cette épée aux lignes pourtant irréprochables ne parvenait pas à mes yeux à prendre la mesure de son unicité. Les grandes fenêtres qui cernaient la pièce laissaient entrer une belle lumière, ce dimanche de mars était ensoleillé. Le parquet grinçait sous mes pas de visiteur un peu perdu, avide de comprendre, dont les yeux passent rapidement d’un objet à l’autre sans bien savoir où les poser. Placée au milieu de tous ces objets magnifiques, l’épée semblait, elle aussi, incapable de se révéler, comme si les beautés ajoutées aux unes aux autres avaient fini par s’annuler.

Dite de “Charlemagne”, peut-être l’est-elle vraiment, peut-être était-ce celle qu’il tenait en main dans les batailles et celle qui pendait le long de sa hanche et du flanc de son cheval. Je ne voue pas un culte particulier à Charlemagne, à vrai dire je n’y pense jamais, mais ce qui me surprenait devant cette vitrine et au milieu de ces joyaux, était la capacité de ces objets à nous survivre et pourtant à rester muet. Dans leur grande beauté, ces objets restent impuissants à nous évoquer les époques qu’ils ont traversées, ce qu’était la guerre, ce qu’étaient les batailles, ce à quoi ce monde ressemblait.

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