CHAPITRE 4
Charlemagne et Carloman / avril 2012

J’apprends que Charlemagne avait un frère nommé Carloman, un peu plus jeune que lui. Ils furent tous deux sacrés à Saint-Denis en même temps que leur père, Pépin le Bref, qui par cette cérémonie portait un coup de grâce aux Mérovingiens, et faisait des Carolingiens la nouvelle dynastie royale qui s’incarnerait après lui dans ses jeunes fils. A la mort de Pépin, le royaume fut coupé en deux, une partie pour chaque frère, chacun devenant finalement l’ennemi de l’autre. Mais, par chance pour Charlemagne, Carloman mourut vite et laissa à son frère à nouveau la possibilité d’un royaume unique. Carloman et Charlemagne, cela me donne l’étrange impression d’un seul et même nom, mais dont j’aurais finalement sous les yeux deux traductions, le Carloman se rapprochant de la traduction espagnol de Charlemagne. Est-ce que « carl » n’est pas « charles », « lo » n’est pas « le », et « man » pour « magne », est ce que tout cela ne veut pas dire Charles le grand ? Comme si ce jeune frère n’était en fait que le double de Charlemagne, le frère inventé pour l’histoire, le jumeau de l’enfance qu’il faut bien abandonner pour devenir un jour un empereur unique. Un doublon dans lequel le petit Charles aurait mis toutes ses peurs et ses faiblesses et qu’il aurait ensuite fait rapidement mourir aux yeux de l’histoire, se débarrassant d’un coup de toutes ses fragilités. Carloman a si peu vécu, il ne prend pas plus d’une page ou deux dans les ouvrages gros comme des bibles consacrés au grand frère, et les quelques phrases qui le site l’accuse d’hostilité envers son frère lorsqu’il se refuse à mater une révolte des aquitains. Puis il meurt, on ne sait de quoi, et on ne sait pas dire où il fut enterré. Inhumé selon les textes à Saint-Rémi de Reims, plusieurs points permettent cependant d’en douter :
- « Le frère de Charlemagne n’a pas été honoré par un monument funéraire lors de la campagne de décoration du XIIe siècle. »
- « Avant la Révolution française, il y avait de nombreuses épitaphes dans l’église abbatiale de Saint-Rémi de Reims mais aucune ne mentionnait Carloman Ier. »
- « Le sarcophage qui lui a été attribué à Reims à partir du XVIIe siècle n’était probablement par le sien »
- « Dans la basilique de Saint-Denis, existaient un tombeau et un gisant attribués au roi Carloman Ier, fils du roi Pépin. »

Un autre flou existe quant à la naissance même de Charlemagne. Il n’est pas certain, selon les historiens, que sa naissance soit légitime. Sur ce point, ces derniers se chamaillent. Un certain Pierre Riché semble bien énervé quand il rédige en 1983, répondant sans doute à une vieille querelle que « la bâtardise de Charlemagne est une légende dont il faut maintenant se détacher (…) Il était né non pas en 742 comme on l’a dit trop longtemps mais en 747″. Ce à quoi Jean Favier, en 1999, semble répondre que « les arguments en faveurs de 747 semblent légers » et déroule ensuite tout une démonstration visant à confirmer la naissance de Charles en 742, soit sans doute (car la date ici encore est sujette à controverse) avant que Berthe, sa mère soit disant au grand pied, ne devienne la femme de Charlemagne. Tout ceci est un tel imbroglio de dates et de conclusions, que n’étant convaincue par aucune d’entre elles, je ne me permettrais pas de juger de la bâtardise ou non de Charlemagne. Ce qui au demeurant m’importe peu.

<chapitre précédent / chapitre suivant >

Accueil /Travaux / Récits / Joyeuse / chapitre 4